Maouloud 2006 : la fièvre monte à Tombouctou
A. ALBADIA - 2006-04-05 11:22:59
Tombouctou va vivre des moments exceptionnels, la semaine prochaine avec la grande prière prévue pour le 11 avril à l'occasion de la fête du maouloud. Depuis quelques semaines, toute la 6è Région vit au rythme des préparatifs de l'événement. La commission régionale d'organisation est dirigée par le gouverneur de la région, le colonel Mamadou Togola. Les choses se sont accélérées ces jours derniers et les rencontres se multiplient au rythme de 3 ou 4 par jour. Ce sont les sous-commissions, accueil et hébergement, et restauration qui sont surtout sur la brèche. Et pour cause : plus de 100 000 personnes sont attendues dans la "Cité des 333 Saints".
Comment donner un toit, un lit et un repas à toutes les délégations venant de Bamako, de l'extérieur, des autres régions et des 52 communes de Tombouctou ?
Les Libyens, venus en précurseurs, et les organisateurs ont trouvé une solution originale : louer très cher les villas pour convaincre leurs propriétaires de quitter la ville (de 500 000 à 800 000 Fcfa). Difficile pour les possesseurs de résidences de résister à de telles offres. Mais la demande est tellement forte, que les loueurs n'hésitent à se torpiller les uns les autres, en faisant de la surenchère. Comme lors d'une vente aux enchères, la règle est celle du plus offrant.
Il n'y a plus un seul matelas dans des magasins qui pourtant en regorgeaient jusqu'à une date récente. A tout moment, on voit des véhicules 4x4 chargés de moquettes et autres salons marocains roulant en direction des logements dont a plupart sont situés sur la route de Kabara. De nouvelles stations d'essence poussent du sol chaque jour. Même si certains promoteurs doivent travailler jour et nuit pour les rendre fonctionnelles.
Les prix des produits alimentaires ont augmenté. Ainsi, le carton de lait de marque Lahda, vendu habituellement à 20 000 Fcfa est passé à 23 000 puis à 27 000 Fcfa. Le prix du petit carton de couscous, contenant une dizaine de paquets est passé de 4500 à 6000 Fcfa. Même le prix des théières a flambé. Il faut maintenant débourser 2500 F pour en acquérir. Heureusement, les étiquettes du sucre et du thé restent sages. Du moins pour l'instant. De nombreux magasins d'eau minérale et de boissons ont ouvert leurs portes. Le bac qui fait traverser hommes et marchandises du Gourma vers Tombouctou a déjà beaucoup de mal à faire face au trafic. Il faut passer de longues heures à attendre son tour. Certains se retrouvent au bord de la crise de nerfs et des adultes en arrivent parfois aux mains.
Dans la ville de Tombouctou, la circulation devient de plus en plus dense avec un ballet incessant de 4x4 flambants neuf, généralement de couleur noire et non immatriculées. Le code de la route est foulé au pied pratiquement par tous les conducteurs. "Je te vois, tu me vois", comme on dit par ici.
La représentation d'Énergie du Mali travaille 24 heures sur 24 pour embellir la ville. Les artères, les lieux prévus pour les prières et la lecture du Saint Coran, et le stade municipal sont illuminés la nuit. "C'est comme Bamako by night", osent même certains.
L'aéroport devenu international vit au rythme des atterrissages et des décollages d'avions cargos, débarquant des véhicules à longueur des journées. Déjà, des centaines de Lybiens sont sur place. Ils ont commencé à se familiariser avec les Tombouctouciens. Plus de 100 000 personnes sont attendues. Mais plus du tiers des visiteurs viendra de la région de Tombouctou même, soit environ 40.000 personnes. 2000 participants sont attendus de Mopti. Autant de Gao et de Kidal. Chacune de ces trois délégations comprendra 500 religieux. Quelques 500 autres partiront de Bamako dont 150 religieux
Une trentaine de chefs d'État, de gouvernement et des souverains sont attendus. La commission d'hébergement est à pied d'oeuvre pour leur trouver des logement appropriés.
Les présidents de conseil de cercle et les préfets se concertent régulièrement. Ils doivent regrouper 5000 chameaux et autant de chevaux. Il leur incombe également de mobiliser des habitants des 52 communes.
Les financements se font bien attendre mais cela n'entame en rien l'enthousiasme et la détermination des habitants et des responsables de Tombouctou où la volonté de réussir ce sacré challenge l'emporte sur tout le reste.